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Ouganda - Mubende

Le 18 août 2001, le gouvernement d'Ouganda a envoyé l'armée dans un petit village de 2000 habitants du district de Mubende. Peter Kayira, brutalement déplacé de sa terre ancestrale, affirme: "Nos maisons ont été démolies, nos biens détruits et nos récoltes de manioc et de pommes de terre confisquées."

La terre a été donnée à la plantation de café Kaweri Ltd, qui appartient à Neumann, l'une des plus grandes entreprises caféières basée en Allemagne. En juin 2002, la Banque Africaine de Développement a accordé un prêt de 2,5 millions de dollars pour la mise en place d'une plantation de café.

Peter Kayira, devenu le porte-parole des déplacés, en a payé le prix fort. En 2005, il a été emprisonné pour avoir détourné de l'argent du gouvernement alors qu'il était directeur d'école.


Six mois plus tard, le tribunal l'innocentait. Les personnes expulsées n'ont toujours pas récupéré leurs terres ni été indemnisées. Sans terre pour se nourrir, elles ont dû accepter de mauvaises conditions de travail .

Agissez maintenant ! Voici un des nombreux cas pour lequel votre soutient peut faire la différence

People from Mubende tell their story

Elias Mbabazi, 62 ans

elias

Le jour de l’expulsion, j’étais à la maison. Des soldats ont pris d’assaut notre terre, tiré quelques coups de feu en l’air et nous ont fait sortir. Ils ont alors démoli les maisons où nous vivions depuis 17 ans. Nous avons trouvé des abris dans la forêt proche. Notre bétail s’est enfui et la terre de notre ferme a été ravagée. Deux de mes enfants sont morts suite à cette expulsion forcée.

Avant l’expulsion, ma famille, composée de 12 personnes, et moi-même nous vivions sur une terre que nous possédions selon le droit coutumier. Nous avions une maison toute simple avec un toit en tôles, 4 pièces et une petite hutte pour la cuisine. Nous prenions l’eau dans un puits proche et sur nos 14 acres nous cultivions des bananes, du café et de la vanille. Nous avions 16 arbres fruitiers, 12 chèvres, 6 moutons et 20 poulets. Nous vivions bien et pouvions envisager d’envoyer nos enfants à l’école secondaire même si ici en Ouganda il faut payer les frais de scolarité.

Après avoir été expulsés, nous avons dû louer une habitation et j’ai commencé à travailler dans une plantation de café. Nous avons dû modifier nos habitudes alimentaires car nous ne pouvions plus cultiver notre propre nourriture.

Aujourd’hui nous cultivons un petit lopin de terre que nous louons et le puits le plus proche est à 6 kilomètres. Nous ne pouvons plus payer les frais de scolarité et nos enfants devront se contenter de l’école primaire qui est gratuite. Avant d’être expulsés, notre vie était bien meilleure.

Deo Kasumba, 67 ans

deo

Pendant l’expulsion, des soldats ont brûlé notre maison et détruit nos cultures. Nous avons même perdu nos cochons. J’ai essayé de sauver au moins une partie de nos affaires. Quand je suis revenu à la maison une deuxième fois, pour essayer de retrouver ce qui nous appartenait, elle était déjà en flammes.

Ma femme et moi habitons sur ces terres depuis 1980 en tant que fermier, selon la loi coutumière. Avant l’expulsion, nous avions notre propre maison ainsi qu’un accès à une source proche. Sur 12 arpents de terre, nous cultivions du café, des bananes, des patates douces et des arachides. Nous avions de nombreux arbres fruitiers et quatre cochons.

Aujourd’hui, nous habitons dans une chambre que nous louons. Mon patron me paie comme un ouvrier, ce qui me permet de payer la chambre.

Mais nous sommes constamment inquiets de savoir si nous aurons assez d’argent pour la location et acheter de la nourriture. Avant l’expulsion, nous ne payions pas la nourriture parce que nous cultivions nous-mêmes. Notre vie était meilleure.

Norah Naggawa, 57 ans

norah

Ce qui me fait le plus mal, c’est que notre gouvernement ne nous a pas indemnisés pour les souffrances subies et les conditions difficiles auxquelles nous sommes confrontés. On nous a promis un soutien plusieurs fois mais nous n’en avons jamais reçu. Voilà pourquoi je me bats pour une indemnisation.

Ma famille de dix personnes et moi-même habitions sur cette terre depuis 26 ans, en tant que fermiers, selon la loi coutumière et nous avions une maison avec cinq chambres. Nous avions une source d’eau sur les 15 arpents de terre que nous cultivions. Nous produisions des bananes, du café, de la canne à sucre, des patates douces et du manioc. En plus, nous avions de nombreux arbres fruitiers, 150 manguiers, 80 passiflores (arbre du fruit de la passion) et 10 avocatiers. Nous avions également des cochons et des poulets.

Le jour de l’expulsion, des soldats sont arrivés avec des pistolets, ont détruit le toit de notre maison puis m’ont ordonné de quitter cette terre. Avec mes enfants et mes petits enfants, nous nous sommes enfuis dans la forêt. L’un de mes petits enfants est mort en raison des conditions difficiles que nous avons rencontrées après l’expulsion. Mon mari a dû travailler si dur, il a pris mal à la poitrine. Il est mort également.

ujourd’hui, nous vivons sur un lopin de terre que nous devons payer et qui n’est pas très bon pour l’agriculture. Les véritables terres fertiles se trouvent plus loin. Nous avons reconstruit une maison, qui est à plus d’un kilomètre de la première source. Parfois, cette source est complètement asséchée.

Jane Rose Namata, 54 ans

jane

Je me battrai pour notre indemnisation et je veux qu’on me rende mes terres.

Je suis née sur cette terre, je me suis mariée sur cette terre. La terre appartient à mon mari, qui avait un titre de propriété pour une terre de 3,2 km² dans le bloc 103. Nous vivions avec sept personnes dans une maison qui avait sept chambres et nous avions une source d’eau claire toute proche. Sur notre terre, nous cultivions des bananes, du café, du manioc, des arachides. Nous avions de nombreux arbres fruitiers, trois cochons, sept moutons et dix poulets.

J’étais à la maison lorsque les soldats sont arrivés avec leurs pistolets et qu’ils nous ont ordonnés de quitter cette terre. Nous nous sommes enfuis. Quand nous sommes revenus pour retrouver notre propriété, il ne restait plus rien. Pendant un an, nous avons été obligés de vivre dans la forêt. Mon mari est mort.

Aujourd’hui, nous n’avons pas assez de terres pour en vivre. Sur une partie de la parcelle qui n’a pas été prise, nous avons pu reconstruire une maison. Mais elle est trop petite pour la famille toute entière. La première source se trouve à 1,5 kilomètre mais l’eau n’est pas propre et elle est parfois à sec. Nos enfants ont dû quitter l’école parce que nous n’avions plus assez d’argent pour couvrir les frais de l’école secondaire.